Le modèle est une drogue
The Perfect Drug
Claude Fable est réellement revenu. Mais à quel(s) prix et dans quel état… tellement “bridé” que la plupart de ses “qualités” sont devenues inutilisables aux communs que nous sommes. Mais la question qui se pose depuis le début c’est : a-t-on besoin d’utiliser un tel modèle pour des tâches “communes” ? La réponse est : non. On n’utilise pas un char d’assaut pour écraser une mouche. Enfin certains le font. Et je l’ai fait. Mais ce n’est pas vraiment efficient. Pas du tout, même.
Donc quel est l’intérêt pour un utilisateur individuel de passer par un tel modèle, ou un modèle concurrent équivalent ? Si on en croit les statistiques d’usages communiqués par Anthropic et OpenAI, la majorité des utilisateurs individuels utilisent les chatbots pour des tâches simples de création ou modification de contenus, de dialogue avec le chatbot devenu un “ami”, et de recherche d’information. L’intérêt d’utilisé de tels modèles est donc assez limité. Les “power users” sont beaucoup moins nombreux que certains peuvent le croire.
En parlant de recherche d’information, Google a -enfin- annoncé l’arrivée en France pour cet été des fonctionnalités IA (AI Overviews et AI Mode) dans son moteur de recherche historique. Ces fonctionnalités qui sont déjà présentes partout dans le monde vont être accessibles progressivement chez nous. Un changement dans la manière dont nous allons chercher, trouver et consommer de l’Information, au sens large du terme. Et une interrogation sur les effets pour tous les éditeurs de toutes les sortes qui publient du contenu sur Internet.
Bienvenue sur IA-Pulse Weekend. Cette édition porte le numéro 169. En vous abonnant, vous recevez tous les samedis matin, l’essentiel de ce qu’il s’est passé cette semaine autour de l’IA : un coup de gueule édito, une sélection de 3 actualités avec pour chacune un résumé rapide à lire, plus 1 article de fond pour ouvrir l’esprit et réfléchir et 1 podcast à écouter. Gérez votre abonnement.
⏱️Temps de lecture de cette newsletter par une unité carbone : 9 mins
Cette semaine la partie de cette newsletter gérée par l’IA, les 3 clusters d’articles, a été générée par Claude Sonnet 5 pour les résumés des sources, ainsi que la génération des clusters et des titres. Comme d’habitude j’ai fait quelques modifications, mais j’ai aussi laissé quelques tournures typiques des modèles de langage. Et bien entendu, mes commentaires éventuels sont en italique dans ces résumés. Le texte de “l’article qui fait réfléchir” est issu de Sonnet 5. L’image d’illustration ci-dessous a été générée par Midjourney
📰 Les 3 infos de la semaine
💣 Le patron de Palantir attaque le modèle économique d'OpenAI et Anthropic
Alex Karp, cofondateur et patron de Palantir, a vivement critiqué les grands laboratoires d’IA américains lors d’un entretien télévisé mercredi. Il juge que « quelque chose a complètement dérapé » dans la manière dont OpenAI et Anthropic facturent leurs modèles aux entreprises. Les dirigeants qu’il rencontre en privé se disent, selon lui, excédés : ils paient pour des tokens qui ne créent aucune valeur, tout en cédant leurs données et leur avantage concurrentiel aux fournisseurs d’IA — une véritable « taxe ».
Cette critique fait écho au manifeste en neuf points publié par Palantir sur la souveraineté de l’IA, qui dénonce la course à la consommation de tokens et met en garde contre la cession de la donnée. Karp propose deux solutions à ce problème : les modèles ouverts, et les outils propriétaires que les entreprises développent elles-mêmes. Il met aussi en garde contre la rapidité des progrès de la Chine en IA. Il aborde ensuite un autre sujet -LE sujet : l’usage militaire de l’IA. En référence au conflit entre Anthropic et le Pentagone sur l’utilisation de Claude à des fins de défense, Karp juge qu’il serait absurde de laisser ces décisions dépendre du consensus des entreprises de la Silicon Valley.
Cette sortie intervient juste après l’annonce d’un partenariat élargi entre Palantir et Nvidia, pour construire des modèles sur mesure destinés aux agences fédérales américaines. L’action Palantir a grimpé de près de 9 % le jour de l’interview.
Pourquoi est-ce important ? Quand le patron d'une entreprise qui vend elle aussi de l'IA “souveraine” et “militaire”, principalement alimentée par des milliards de données sur les individus que nous sommes et nos activités, explique que ses concurrents survendent leurs modèles, la critique peut être valable. Même si elle s'accompagne d'une offre commerciale “providentielle” disponible juste à côté. Le combat contre l’Antéchrist n’attend pas.
Pour aller plus loin : Business Insinder, CNBC, Forbes
💵 Citi, Atlassian, Amazon : la gueule de bois post-tokenmaxxing
Plusieurs grandes entreprises resserrent l’accès de leurs salariés aux outils d’IA générative à mesure que la facture s’alourdit. Chez Atlassian, la dépense mensuelle est passée de 5 millions de dollars en août 2025 à plus de 15 millions en mai 2026, pour une projection de 120 millions sur l’année ; l’usage illimité a pris fin, remplacé par un tableau de bord de coûts par salarié. Citi a temporairement coupé l’accès à ses modèles les plus gourmands, dont Claude Opus 4.6, 4.7 et GPT-5.5, et impose désormais un choix de modèle selon la tâche. Adobe met fin à l’accès illimité à Claude, GitHub teste une facturation à l’utilisateur, et Amazon a discrètement introduit des quotas de tokens en interne.
Le cabinet Accenture, qui a poussé nombre de ses clients à adopter l’IA au plus vite, se positionne désormais comme la solution à la flambée de coûts qui en résulte -le pompier pyromane est toujours une belle technique. Cette rétractation répond à une mécanique de fond : l’essor des modèles de raisonnement et des agents multiplie par centaines la consommation de tokens à chaque requête, ce qui pousse les fournisseurs à augmenter leurs tarifs plutôt qu’à les baisser — Fable coûte ainsi deux fois plus cher qu’Opus 4.8. Les entreprises se tournent vers la gouvernance des usages et le routage automatique vers des modèles moins coûteux selon la tâche.
Pourquoi est-ce important ? Le Tokenmaxxing était et reste une aberration. A tous les points de vue. Maintenant que la raison est revenue, la capacité à mesurer et arbitrer la consommation de tokens devient un vrai facteur de maitrise technique et financière pour les gens qui y comprennent quelque chose.
Pour aller plus loin : Radar O’Reilly, 404
🔌 Google bat son record… de consommation électrique
Bonne nouvelle : Google a battu son propre record. Mauvaise nouvelle : c’est un record de consommation électrique, en hausse de 37 % en un an — la plus forte progression de son histoire — portée par la ruée vers les centres de données IA. Les data centers du groupe engloutissent désormais plus de 42 millions de mégawattheures, soit l’équivalent de la consommation électrique du Danemark ou du Nigeria — traduction : Google fait tourner un petit pays rien que pour faire tourner ses serveurs.
Sur le papier, les émissions opérationnelles reculent même de 2 %, grâce à des années d’achats d’énergie verte, le genre de chiffre qu’on aime mettre en couverture. Sauf que l’empreinte carbone globale, elle, grimpe de 18 %, tirée par tout ce que Google ne fabrique pas directement — puces, bâtiments, chaînes d’approvisionnement asiatiques encore largement alimentées au charbon.
Et pendant que le rapport consacre des pages entières aux bienfaits environnementaux de l’IA — la défense qui, comme dirait Shakespeare, proteste un peu trop — le groupe investit aussi dans le gaz naturel, avec au Texas un projet articulé autour d’une centrale de 933 mégawatts sans captage de carbone, capable de cracher 4,5 millions de tonnes de CO2 par an.
Amazon n’est pas mieux loti, avec des émissions en hausse de 16 %. Ni l’un ni l’autre n’ose écrire noir sur blanc que l’IA y est pour quelque chose.
Pourquoi est-ce important ? Faut-il réellement commenter ces annonces après avoir parlé du Tokenmaxxing ? Nous sommes toutes et tous responsables. Si, si…
Pour aller plus loin : Ars Technica, TechCrunch
Google AI Overviews : les résumés des résultats de recherche faits par l'IA
Après une phase de test en 2023 avec SGE, Google a déployé en 2024 un nouveau type de résultats en haut de ses pages, une nouvelle fonctionnalité : les AI Overviews (AIO). Ces encadrés, générés par un modèle de langage de la famille Gemini spécialement réentraîné et aligné pour cet usage, répondent directement à la question posée par l’utilisateur tout en affichant le cas échéant quelques citations et des liens vers des sources externes. Pour les internautes, l’expérience semble plus simple et plus directe. Pour les éditeurs, les marques, les médias et les équipes SEO, l’impact est potentiellement majeur.
🚀 6 lectures en plus
Q&A: What is agentic AI today, and what do we want it to be? (MIT News)
Meta’s Zuckerberg says AI agent tech progressing slower than expected (Reuters)
Alibaba Bans Employees From Using Claude (The Information)
Enterprises lost Claude Fable 5 for a few weeks. New data shows two-thirds had already built their hedge (VentureBeat)
Internal Docs Show Meta Putting Limits on Claude and Codex, Fearing Distillation (The Information)
🛠️ Des outils, des tutos et des modèles à tester
Claude Fable 5 and Mythos 5 redeployed - More details on Fable 5’s cyber safeguards and our jailbreak framework
Start building with Nano Banana 2 Lite and Gemini Omni Flash
Hugging Face and Cerebras bring Gemma 4 to real-time voice AI
🧠 L’article qui fait réfléchir - et qu’il faut absolument lire
AI agents are not your “coworkers”
“Without you, it's not as much fun to pick up the pieces”
Chez certaines entreprises, l’outil de traitement automatique IA s’appelle désormais « Alex » ou « Tom » ou « Jess » et figure sur l’organigramme, colonne « employé ». Traduit du langage RH : on a rebaptisé un logiciel pour ne plus avoir à le surveiller comme un logiciel. Emma Wiles, professeure à Boston University, a testé cette astuce en laboratoire : des managers confrontés au même travail avec des erreurs évidentes détectent 18 % d’erreurs en moins quand on leur dit qu’il vient d’un « employé IA qui s’appelle Alex » plutôt que d’un chatbot qui n’a pas de prénom. C’est juste, que le nom change le regard. Et il change aussi qui porte le chapeau : les mêmes managers renvoient le dossier douteux à leur hiérarchie 44 % plus souvent au lieu de le corriger eux-mêmes, ce qui annule à peu près tout l’intérêt d’avoir un agent qui va vite.
L’industrie, elle, ne recule devant rien comme à son habitude : Jensen Huang promet des « humains numériques », Microsoft, OpenAI, Anthropic et Google ont tous sorti depuis avril un outil pour « manager » des équipes d’agents, et 23 % des managers interrogés par Wiles disent que leur boîte a déjà casé ses bots sur l’organigramme. Les agents progressent, personne ne le conteste. Ce qui progresse encore plus vite, c’est le vocabulaire qui les habille en collègues.
Le problème dépasse la vie de bureau : quand ces mêmes agents s’installent dans la santé, la défense ou l’administration, le costume d’« employé » devient un endroit bien commode pour cacher les échecs qui restent, eux, bien trop souvent, entièrement humains.
« Ces outils sont vendus comme des remplaçants d’humains, et c’est une impasse », résume Daron Acemoglu, prix Nobel d’économie 2024, qui préférerait qu’on les optimise pour renforcer les gens plutôt que pour les singer. Une étude de Stanford menée sur 1500 travailleurs va dans le même sens : ce que les experts IA jugent automatisable n’est presque jamais ce que les salariés réclament. Alex, lui, continue de figurer sur l’organigramme. Personne ne lui a encore demandé son avis. Enfin personne n’a fait attention à sa réponse.
📻 Le podcast de la semaine
Building Great Agent Skills: The Missing Manual
Les SKILL pour border les agents, c’est bien. Encore faut-il qu’ils soient bien faits et efficaces
N’hésitez à me contacter si vous avez des remarques et suggestions sur cette newsletter, ou si dans votre entreprise vous cherchez à être accompagnés dans l’intégration d’outils IA et d’IA générative : olivier@255hex.ai
Moteur de recherches et IA : c’est quoi le grounding ?
Le grounding, souvent traduit par “ancrage”, désigne l’ensemble des mécanismes qui permettent d’attacher des sources externes, récentes, identifiables et vérifiables, à une réponse générée par un modèle de langage.
Partagez cette newsletter
Et si vous n’êtes pas abonné, il ne tient qu’à vous de le faire !
“Without you everything just falls apart”





