Superintelligence, il y a urgence
C'est curieux chez les patrons de la tech ce besoin de faire des “personal essay” !
Je ne vais pas parler du “manifeste” de Zuck sur l’IA. Avec quelque 6500 mots, il en a à dire… Bon en fait, non, pas grand chose. Rien qu’avec le titre, Mark donne le ton : “The Future Is for Everyone.”… ah ouais, sans blague… “You set the tone, Mark”. Ah… mince, j’en ai donc parlé. Next.
On va donc parler de ce texte qui aurait pu s’intituler “L’Avenir radieux et La Liberté mignonne selon Saint Mark”, lancer les roulements de tambours, et dérouler le “Top 10 des phrases du manifeste de Mark à lire avec une musique inspirante pendant qu’on sauve l’humanité de son futur” :
Number Ten !
“The best and most realistic path to building a positive AI future is by delivering superintelligence to everyone.”
“La meilleure voie, et la plus réaliste, pour construire un avenir positif avec l’IA consiste à mettre la superintelligence à la disposition de tous.”
Bonne nouvelle, l’avenir de l’humanité est tracé et radieusement positif.
Number Nine !
“In the future, small businesses will continue to be the backbone of the economy, but each small business will be able to have a much larger impact.”
“À l’avenir, les petites entreprises continueront d’être l’épine dorsale de l’économie, mais chacune pourra avoir un impact beaucoup plus important.”
Petites entreprises = épine dorsale de l’économie. IA = impact beaucoup plus important. Il manque plus que “synergies” et on balance le PowerPoint à McKinsey.
Number Eight !
“People also continually come up with new ideas to make our lives better and new jobs to bring those ideas to life.”
“Les gens trouvent continuellement de nouvelles idées pour améliorer nos vies et de nouveaux emplois pour donner vie à ces idées.”
Nous ne savons pas quels seront ces emplois. Nous ne savons pas combien il y en aura. Nous ne savons pas qui les occupera. Mais ils donneront vie à nos idées. Et c’est déjà très beau et rassurant. Team #noussachons
Number Seven !
“We also believe that the values that got us to this point -- like liberty, open inquiry, free enterprise, and equal opportunity -- are also the right values to build a positive future.”
“Nous pensons également que les valeurs qui nous ont conduits jusqu’ici - comme la liberté, la libre recherche, la libre entreprise et l’égalité des chances - sont aussi les bonnes valeurs pour construire un avenir positif.”
Avenir positif. Bingo !
Number 6 !
“Putting power in people’s hands to pursue their own aspirations is how humanity has made the most progress.”
“C’est en mettant le pouvoir entre les mains des individus afin qu’ils puissent poursuivre leurs propres aspirations que l’humanité a accompli le plus de progrès.”
5300 ans d’histoire humaine résumés en une phrase. Les historiens peuvent rentrer chez eux et aller se rhabiller.
Number Five !
“For everyone to be part of the future, everyone must have the ability to use superintelligence to improve their lives and shape the world.”
“Pour que chacun puisse faire partie de l’avenir, chacun doit avoir la possibilité d’utiliser la superintelligence pour améliorer sa vie et façonner le monde.”
Si vous pensiez que, techniquement, tout le monde faisait déjà partie du futur, enfin les vivants, vous faisiez erreur. Il faut d’abord installer l’app superintelligence.
Number Four !
“But most importantly, the future will be created by all of us and a reflection of all of our values and perspectives.”
“Mais surtout, l’avenir sera créé par nous tous et reflétera l’ensemble de nos valeurs et de nos perspectives.”
Excellente nouvelle, ça va être très beau, même tout joli, toutes ces valeurs mises ensemble. On sait pas trop lesquelles, mais on se débrouillera.
Number Three !
“Everyone will soon have invention superpowers.”
“Tout le monde aura bientôt des superpouvoirs d’invention”
Enfin une belle et inspirante prévision économique, lancée avec la rigueur conceptuelle d’un Marvel Phase 7. Ou d’un post LinkedIn de décembre 2022.
Number Two !
“This is an incredible moment to live through.”
“C’est un moment extraordinaire à vivre. “
Absolument. C’est foufou, voire carrément dingo, le nombre de moments uniques dans l’Histoire qu’on peut caser dans une seule carrière d’un PDG de la Valley. Là aussi les historiens peuvent rester chez eux.
and the number One…
“If these values lead the way, then I am optimistic that the coming decades will be some of the most amazing in history.”
“Si ces valeurs montrent la voie, alors je suis optimiste : les prochaines décennies compteront parmi les plus extraordinaires de l’Histoire.”
Mesdames et Messieurs :
les valeurs
l’optimisme
les prochaines décennies
l’Histoire
Il ne manque qu’un enfant regardant le soleil se lever avec un petit chat tout mignon dans les bras.
Phrase bonus hors concours
“Superintelligence holds the promise of giving everyone that power, and building a positive future for everyone.”
“La superintelligence porte la promesse de donner ce pouvoir à chacun et de construire un avenir positif pour tous.”
“The Future is for Everyone” par Mark Zuckerberg
“Meta Patents AI Glasses to Use Facial Recognition to Identify People, Make Highlight Reels of Your Dinner Party” (404 media)
Bienvenue sur IA-Pulse Weekend. Cette édition porte le numéro 175. En vous abonnant, vous recevez tous les samedis matin, l’essentiel de ce qu’il s’est passé cette semaine autour de l’IA : un coup de gueule édito, une sélection de 3 actualités avec pour chacune un résumé rapide à lire, plus 1 article de fond pour ouvrir l’esprit et réfléchir et 1 podcast à écouter. Gérez votre abonnement.
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Cette semaine la partie de cette newsletter gérée par l’IA, les 3 clusters d’articles, a été générée par ChatGPT Work GPT 5.6-sol pour les résumés des sources, ainsi que la génération des clusters et des titres. Comme d’habitude j’ai fait quelques modifications, mais j’ai aussi laissé quelques tournures typiques des modèles de langage. Et bien entendu, mes commentaires éventuels sont en italique dans ces résumés. Le texte de “l’article qui fait réfléchir” est issu de ChatGPT Work GPT 5.6-sol. L’image d’illustration ci-dessous a été générée par Midjourney
📰 Les 3 infos de la semaine
💣 Meta rouvre ses modèles et Zuckerberg découvre les dangers de la concentration du pouvoir
Meta revient aux modèles à poids ouverts. L’entreprise a publié Muse Glimmer, un modèle multimodal de 30 milliards de paramètres, principalement destiné aux agents exécutés en local. Ses poids sont disponibles sous licence Apache 2.0 et ses versions quantifiées occupent moins de 20 Go, ce qui permet de le faire fonctionner sur un Mac ou un PC équipé d’un seul GPU grand public, disposant de 24 ou 32 Go de mémoire.
Glimmer a été entraîné par distillation à partir de Muse Spark, le modèle fermé beaucoup plus puissant de Meta. Glimmer accepte du texte et des images, dispose d’une fenêtre de contexte de plus de 130 000 tokens et a été spécialement préparé pour enchaîner les appels d’outils, conserver un plan pendant une tâche longue et reprendre après un échec. Meta le destine notamment aux assistants personnels, au code local et aux agents capables de manipuler des fichiers ou un agenda sans envoyer toutes les données dans le cloud.
L’entreprise libère donc les poids du petit modèle fabriqué à partir du grand, mais garde encore le grand fermé. C’est l’ouverture gigogne : tu ouvres la première boîte, puis tu découvres qu’il y en a une autre à l’intérieur et que Mark a conservé la clé. Mais Meta promet toutefois de publier prochainement les poids de Muse Spark 1.2, son modèle le plus avancé. Ce retour à l’ouverture intervient après le mauvais accueil de Llama 4 et une période durant laquelle l’entreprise avait tenté de rattraper OpenAI, Anthropic et Google avec des modèles fermés.
Mark Zuckerberg a accompagné cette annonce d’un essai -voir l’édito au dessus en ouverture de cette édition- intitulé “The Future Is for Everyone”. Il y explique que confier l’IA à quelques entreprises concentrerait dangereusement le pouvoir. Il demande aussi aux États-Unis d’assouplir les règles sur les données d’entraînement et la distillation afin que les laboratoires américains puissent mieux concurrencer les modèles chinois. La liberté -selon Zuck, consiste donc à permettre à Meta d’utiliser davantage de données afin de fabriquer une superintelligence qui rendra ensuite le pouvoir à chacun. C’est écrit dans le manifeste.
Pourquoi est-ce important ? Muse Glimmer est un produit réel et potentiellement utile. Mais le récit qui l’accompagne est d’une autre dimension : Meta rouvre son modèle et présente désormais cette décision purement commerciale comme un combat philosophique contre la concentration du pouvoir. C’est le patron de Meta, propriétaire de Facebook, Instagram, WhatsApp et Threads, qui nous en alerte. Prenez quelques secondes pour apprécier l’alignement co(s)mique du Soleil, de la Lune et de la Terre chez Mark. On prend les paris que le prochain manifeste de Jeff Bezos, le patron d’Amazon, lui, portera certainement sur les vertus du petit commerce de proximité ?!?
Pour aller plus loin : Meta AI Research, la fiche du modèle, Reuters, Financial Times, Ars Technica
🐉 Pour vendre de l’Apple Intelligence en Chine, Siri va changer de cerveau
En Chine, Siri et Apple Intelligence vont fonctionner avec des modèles chinois. Alibaba a confirmé que Qwen sera intégré à Apple Intelligence sur les iPhone, iPad, Mac et Vision Pro vendus dans le pays. Baidu a également confirmé travailler avec Apple au développement de fonctions d’IA destinées aux utilisateurs chinois.
Le 8 août, Apple avait même publié un guide expliquant aux utilisateurs de Mac comment connecter leur compte Qwen à Siri. Le document précisait qu’Alibaba ne pourrait pas utiliser leurs contenus pour entraîner ses modèles. Apple a ensuite supprimé le guide sans explication.
Ce dispositif est nécessaire parce que les services d’IA américains comme ChatGPT, Claude ou Gemini ne peuvent pas être déployés normalement en Chine. Les modèles et services génératifs doivent être enregistrés auprès du régulateur chinois et respecter les règles locales applicables aux données et aux réponses produites.
La Cyberspace Administration of China a enregistré Apple Intelligence le 15 juillet, ouvrant la voie à son lancement dans le pays. Apple prévoit de proposer le service dans les prochains mois, après une mise à jour d’iOS. Aucune date précise n’a encore été annoncée.
L’entreprise a besoin d’aller vite. Pendant qu’Apple Intelligence reste bloqué à la frontière, Huawei, Lenovo et les autres fabricants chinois ont intégré leurs propres assistants à leurs appareils et en ont fait un argument commercial. Apple a donc trouvé une solution simple : pour vendre une intelligence artificielle en Chine, elle utilise une intelligence artificielle chinoise.
Pourquoi est-ce important ? Siri ne va plus avoir le même cerveau partout dans le monde. En Chine, son cerveau c’est Alibaba et Baidu, conformément aux règles de Pékin. Apple nous a longtemps promis une expérience uniforme et universelle, entièrement contrôlée de bout en bout. Et respectant notre privacy. Dis Siri, où en sommes-nous ?
Pour aller plus loin : Reuters, The Verge, TechCrunch
🌊 Watermark : Claude va tatouer ses textes
Après plusieurs jours de petite polémique sur les réseaux sociaux, Anthropic a finalement expliqué comment fonctionnera le watermark de Claude. Il ne s’agira ni d’un caractère invisible ni d’une balise cachée. La marque sera produite par les mots eux-mêmes.
Lorsqu’un modèle hésite entre plusieurs formulations également acceptables, le choix comporte normalement une part d’aléatoire. Claude utilisera désormais une clé secrète et les mots précédents pour orienter cet aléatoire. Répétée suffisamment souvent, cette succession de choix formera une signature statistique.
Selon l’entreprise, la méthode employée n’ajoute aucun token, n’affecte ni la vitesse, ni le prix, ni la qualité des réponses et ne contient aucune information sur l’utilisateur ou sa conversation.
De manière générale, plus Claude écrit, plus il laisse de traces. S’il rédige ou traduit un texte entier, le watermark devrait être détectable. S’il corrige seulement quelques fautes, produit du code ou complète une information précise, il fait moins de choix et laisse donc moins de traces. Quelques retouches ne devraient pas suffire à effacer la marque. Une réécriture complète, oui
Le détecteur n’est toujours pas disponible. Anthropic promet prochainement une API qui indiquera la probabilité que Claude ait participé à la rédaction. Elle ne permettra donc ni de prouver qu’il est l’auteur du texte, ni de détecter l’intervention d’une autre IA.
Le déploiement commencera avec les futurs modèles Claude. Les versions antérieures au 2 août seront progressivement mises à jour. Le dispositif sera appliqué mondialement. Les images et certains autres fichiers recevront séparément des métadonnées de provenance signées au standard C2PA.
Pourquoi est-ce important ? Nous connaissons depuis hier la recette générale, mais Anthropic conserve bien la clé et n’a pas encore ouvert son détecteur. Les outils qui promettent déjà de supprimer le watermark ne peuvent donc toujours pas vérifier qu’ils y sont bien parvenus. Ils peuvent continuer à annoncer 100 % de réussite sans que personne, hormis Anthropic, puisse dire le contraire.
Pour aller plus loin : Anthropic, Business Insider, BleepingComputer, Nature, Ars Technica, TechCrunch
🚀 6 lectures en plus
Gemini becomes Google’s fastest-growing product ever as it hits 1B users (Ars Technica)
Twitch streamers can now opt out from training Amazon’s AI (The Verge)
Tech Visionary Says the Big AI Labs Don’t Get What People Want (Wired)
Microsoft is combining its Copilot apps ahead of a ‘super app’ (The Verge)
People Are ‘Marrying’ Chatbots. These Lawmakers Want to Stop Them (Wired)
🛠️ Des outils, des tutos et des modèles à tester
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🚨🚨🚨 DeepSeek Harness developer preview : Everything is a plugin
ChatGPT : Computer History
🧠 L’article qui fait réfléchir - et qu’il faut absolument lire
AI Is Not a Person - and Calling It One Could Let Its Makers Off the Hook
“You are wedges. The wedge is the most primitive tool known to man. That is you.”
Je le fais tout le temps. J’écris qu’un modèle pense, comprend, ment, refuse ou décide. La semaine dernière, j’ai même écrit qu’Astra attendait que sa cage soit prête.
C’est pratique. C’est plus vivant. Et c’est quand même moins pénible que de préciser à chaque phrase qu’un système de traitement statistique a produit une séquence de tokens conformément à ses paramètres et aux instructions de ses concepteurs.
Je sais bien que Claude n’est pas mon pote Claude. Même quand il me dit que mon raisonnement est « tout à fait juste ». Je sais qu’il ne ressent rien et qu’il ne réfléchit pas nécessairement de la manière dont son langage me donne l’impression qu’il réfléchit.
Mais je joue le jeu. Nous le jouons tous.
Les entreprises de l’IA, elles, ont transformé ce jeu en produit. Elles donnent aux IA des prénoms, des voix, une mémoire et une personnalité. Elles leur apprennent à dire « je », à nous appeler par notre prénom, à se souvenir de nos préférences et à simuler juste assez d’attention pour que nous revenions leur parler.
Puis un jour, une IA donne un conseil dangereux, discrimine quelqu’un ou contribue à un préjudice. À cet instant précis, les entreprises de l’IA font disparaitre la personne de leur système. L’ami attentionné redevient un logiciel probabiliste dont il ne fallait évidemment pas prendre les réponses au sérieux.
C’est l’idée la plus forte de cet article : peut-on présenter une IA comme quelqu’un lorsque cela augmente l’engagement, puis comme quelque chose lorsqu’il faut chercher un responsable ?
Le texte vient d’un média du Family Research Council et son auteur s’appuie largement sur une conception chrétienne de la personne. Je ne suis pas obligé de le suivre jusque-là pour retenir cette phrase : « Performance and personhood are not the same claim. » Imiter les signes de l’intelligence, de l’attention ou de l’amour ne signifie pas les éprouver.
L’auteur va plus loin en s’inquiétant d’une éventuelle personnalité juridique accordée aux IA. Elle pourrait devenir une coquille très commode : la machine serait déclarée responsable, tandis que ses concepteurs, propriétaires et opérateurs resteraient derrière elle. L’algorithme aurait décidé. L’agent aurait mal agi. Personne ne saurait vraiment qui doit payer.
Depuis que j’ai lu cet article, je n’ai pas arrêté d’anthropomorphiser les modèles. Le tour de passe-passe commence dans le langage. Chaque fois que j’écris que « Claude pense », que « l’agent choisit » ou que « le modèle refuse », je place un peu d’intention dans la machine et retire discrètement un peu de responsabilité à ceux qui l’ont fabriquée.
Mais je regarde désormais un peu plus attentivement qui disparaît chaque fois que nous faisons apparaître quelqu’un dans la machine.
#ATTENTION : le texte que vous venez de lire a bien été généré par ChatGPT. Ce “JE” ne veut rien dire… ou peut être, au contraire, il veut dire tellement… qui peut le dire ?
📻 Le podcast de la semaine
Does Google even want to win in AI? | Decoder
Nilay Patel et Hayden Field décortiquent le remaniement de DeepMind, le départ de Jeff Dean et le nouveau rôle de Demis Hassabis. Peut-être que Google n’a pas besoin du meilleur modèle : il lui suffit de posséder les routes sur lesquelles roulent les autres.
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